mardi 10 mai 2016

ELO#230 - Sans Siné


Dessin issu de Siné Massacre numéro 9, consacré au colonialisme (avril 1963).


11 mai 2016

Très triste de perdre Siné, un ami, une boussole politique, un grand artiste. Très triste de ne pas être en France pour partager la peine et les grandes rigolades qui ne manqueront pas d'arriver lors des réunions de ses ami.e.s, à commencer par celle de ses funérailles aujourd'hui à 16h30 au cimetière Montmartre (30e division). Vêtements noirs et fleurs rouges...

Je pense que ce sont les écrits de Siné qui m'ont rendu anarchiste, ou du moins fan de l'anarchisme, ou allergique à l'autorité (flics, militaires, patrons, curés, État, Nation, et toutes leurs vaches sacrées...). Son cheminement politique, fait de rage, d'intégrité et d'instinct, l'a toujours mené là où il fallait, à commencer par les Algériens et toutes les autres victimes du colonialisme français, puis Malcolm X et les noirs américains. Après 1967, c'est aux côtés des Palestiniens qu'il se placera inconditionnellement, y compris pour les défendre contre Val, le rédacteur en chef de Charlie Hebdo quand il y écrivait. Cette cause sera tellement importante pour lui qu'il exigera qu'une chronique soit consacrée à la Palestine dans CHAQUE numéro de son journal (hebdomadaire puis mensuel).

C'est Siné aussi qui, à travers ses chroniques, m'a fait découvrir le Flamenco. Car sa colère était compensée par un amour des belles choses de la vie, principalement sa femme, ses amis, les chats, la fête, le vin... et la musique, et en cela aussi il était un modèle. Ca fait tout juste 20 ans que je le connaissais: nous étions tous les deux au Festival de Jazz de la Nouvelle-Orléans de 1996, et je lui avais écrit suite à ses chroniques. Il m'avait alors invité chez lui, on avait surtout parlé de gospel, de jazz, et puis j'avais rejoint le groupe d'amis (y compris de Charlie Hebdo) qu'il aimait inviter pour faire la fête. Les fêtes se sont enchaînées pendant 15 ans, et puis il y a eu l'épisode de l'Hebdo, où il m'a fait confiance pour la chronique musicale pendant un an et demi, alors que je n'avais aucune expérience dans ce domaine. C'est cette confiance quasi-paternelle qui fait qu'encore aujourd'hui, j'écris à droite et à gauche. On se voyait alors souvent, et on parlait encore beaucoup de musique, jazz, soul, funk, flamenco, salsa, musiques africaines... C'est là aussi que je me suis fait un paquet d'ami.e.s, français.es et québécois.es, avec qui je pleure aujourd'hui...


Puis les fêtes s'étaient calmées depuis 5 ans, avec la maladie. On se voyait encore au journal (devenu Mensuel), quand j'y passais (de moins en moins souvent), et si son corps se barrait en couilles, son cerveau, sa verve, sa colère et son amour étaient encore intacts. Il y a deux mois, il portait encore plainte contre BHL et, le mois dernier encore, il pleurait sur la décrépitude de Renaud. Autant ses dessins se passaient parfois de texte, autant ses textes étaient d'une richesse d'adjectifs incroyables, d'expressions créatives et de métaphores hilarantes, jusqu'à celui écrit la veille de sa mort.

Siné, avec d'autres, est largement responsable de ce que je suis aujourd'hui. Contrairement à toutes les prédictions, sa rage ne s'était pas émoussée avec le temps et, jusqu'au bout, personne n'aurait jamais pu le dé-radicaliser. Pour toutes ces raisons, il reste un modèle pour moi, et j'espère comme lui ne jamais ramollir du bulbe...

Brèves:
-Inconsolable depuis la mort de Prince, Siné se laisse mourir...
-En l'honneur de Siné, l'hôpital Bichat s'appellera dorénavant l'hôpital Bitte Chatte
-Charb, rancunier, ne s'associe pas à la pluie d'hommages rendus à Siné
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Tanx s'était engueulée avec Siné. Mais quel talent, ces deux là: Tanx, à rebrousse-poil
Roderic Mounir, Le Courrier (Genève), le 18 mars 2016

Un article sur la bonne santé de la BD en arabe: Ebullition!
Emmanuel Haddad, Le Courrier, le 1er avril 2016
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Avec tout ça, j'ai aussi eu le temps d'écrire un texte sur Prince et la politique, dans un journal en ligne qui a du mal à joindre les deux bouts, The Dissident:

Un Prince engagé
Dror, The Dissident, le 5 mai 2016

Vous pouvez chercher sur internet le clip de Face Down (1996), et trouver la suite des hommages à Prince mis à jour sur ma chronique...


2 commentaires:

oreilles a dit…

Salut Dror ,long time no talk ,
comme à ton habitude , un très bel hommage à Siné .... et j'imagine très bien ta tristesse , toi qui l'a cotoyé de si prés .
à toi qui nous a fait découvrir tant de magnifique personne , je viens te faire découvrir cette "petite pépite" qui j'en suis sur égayera ta journée ...
Bonne continuation Dror et all the best

https://archive.org/details/PA6477110

Entre les Oreilles a dit…

Merci, triste oui... j'avais d'autres trucs à dire cette semaine, mais je vais encore parler de Siné...

Merci pour Robbie DaCosta, le jukebox vivant, je ne connaissais pas, mais il est assez impressionnant! Tu l'as connu comment?

Dror