mercredi 27 avril 2016

ELO#228 - Prince


27 avril 2016

Ma période préférée de Prince est celle où il commence à faire de la vraie soul/funk, en particulier avec la section de cuivre dirigée par Eric Leeds dans l'impeccable album Parade (1986). A cause des attentats à Paris, il annule sa tournée en France, puis change d'avis à la dernière minute et organise un concert au Zénith en plein mois d'août. Pendant ce concert, il enregistre la chanson It's going to be a beautiful night, qu'il publiera l'année suivante sur l'album Sign of the Times, 1987.

Ca continue un peu dans le même style avec les albums qui suivent, The Black Album (1987, mais qui ne sortira qu'en 1994, avec par exemple Rock Hard in a Funky Place), Love Symbol (1992) et, dans une moindre mesure, Lovesexy (1988) et Diamonds and Pearls (1991), ainsi que la plupart des chansons du disque Old Friends 4 Sale, sorti en 1999 mais enregistré bien avant...

J'ai aussi toujours aimé le courage de Prince à interpréter des slows, a priori ridicules mais avec tellement de sincérité qu'ils devenaient émouvants. Il y en a quasiment un par album, et si son plus connu est probablement Purple Rain (1984), mon préféré est sans doute Adore (1987)...

Sans être considéré comme un chanteur engagé, Prince s'est souvent exprimé sur des questions politiques dans ses chansons, en particulier contre le racisme d'un système capitaliste dont il estimait être victime. Si certaines de ses chansons engagées sont disponibles sur des albums officiels (Partyup (anti guerre, 1980); Ronnie, Talk to Russia (anti guerre, 1981); Annie Christian (anti corruption, 1981); Sign ‘O’ the Times (anti pauvreté, 1987); Dance On (anti pauvreté, 1988); Money Don’t Matter 2 Night (anti pauvreté, 1991, vidéo de Spike Lee); We March (anti pauvreté, 1995, avec Nona Gaye); Face Down (anti racisme, 1996); Dear Mr. Man (anti pauvreté, 2004, avec Cornel West); Dreamer (anti racisme, 2009); Ol' Skool Company (anti corruption, 2009) ou Baltimore (anti racisme, 2015, en duo avec Eryn Allen Kane, on y entend le slogan "if there is no justice then there is no peace" et les noms de Michael Brown et Freddie Gray...)), d'autres sont plus rares: Hello (anti pauvreté, 1985); Animal Kingdom (protection animale, 1998); 2045 Radical Man (anti racisme, 2001, sur la BO de Bamboozled de Spike Lee); Avalanche (anti racisme, 2002, avec la phrase "Abraham Lincoln was a racist"); United States Of Division (anti guerre, 2004) ou SST (au profit des victimes de Katrina, 2005).

En vieillissant, Prince a influencé de nombreux artistes qui lui rendent hommage aujourd'hui, mais il a, lui aussi, rendu hommage à ses héros lorsqu'ils disparaissaient, en reprenant leurs titres pendant des concerts. Il a d'ailleurs repris des dizaines de titres de ses artistes préférés, mais en particulier What I'd Say, de Ray Charles (Saint Paul, le 16 juin 2004, 6 jours après sa mort), While My Guitar Gently Weeps, de George Harrison (lors de l'hommage qui lui est rendu au Rock'n'roll Hall of Fame en 2004, avec Tom Petty, Jeff Lynne, Steve Winwood, Dhani Harrison, Billy Preston, Scott Thurston, Steve Ferrone, Jim Capaldi et Marc Mann, 3 ans après sa mort), There was a Time, de James Brown (à Las Vegas, le 29 décembre 2006, 3 jours après sa mort), Outta Space, de Billy Preston (à Las Vegas, le 14 janvier 2007, 6 mois après sa mort), I Want You Back, de Michael Jackson (à Paris, le 12 octobre 2009, 3 mois après sa mort), Love is a Losing Game, de Amy Winehouse, en duo avec Andy Allo (le 24 juillet 2011, soit dès le lendemain de sa mort), Heroes, de David Bowie (à Toronto, le 25 mars 2016, deux mois après sa mort, puis plus longuement à Atlanta, le 14 avril 2016, lors de son avant-dernier concert).

En 1983, James Brown invite Michael Jackson, au sommet de sa gloire, à le rejoindre sur scène. Hommages croisés, Michael lui souffle à l'oreille que Prince est dans la salle et il les rejoint à son tour, complètement cocaïné. Malheureusement, cette scène a été coupée du DVD de James Brown, à la demande de Prince. Ces trois "hardest working men in the showbusiness" en sont morts...

Qui aujourd'hui sera à la hauteur pour lui rendre hommage? Purple Rain par:
1) Jennifer Hudson et Cynthia Erivo:

2) Bruce Springsteen:

3) Gregory Porter:

Autres hommages, de Soul Bag, FIP, Arte, BBC...
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Mort aussi, cette semaine, de Papa Wemba - Fa Fa Fa (avec Juliet Roberts):


de Billy Paul - Me And Mrs Jones:


Et de Lonnie Mack - I Found a Love

Une première chanson (assez nulle) pour #NuitDebout:


mercredi 20 avril 2016

ELO#227 - Des milliers d'heure de jazz


20 avril 2016

David W. Niven, un américain fan de jazz a enregistré des centaines de concerts et de disques pendant 80 ans, et vient de numériser ses cassettes, dont à peine 10% qu'il met gratuitement en ligne ici, soit plus de 1000 heures et 600 Gigas de musique. Difficile de s'y retrouver tant il y a de choses, mais surtout des classiques du jazz dont par exemple plus de 100 cassettes, de 90 minutes chacune, consacrées à Duke Ellington!

Un truc que j'ai bien aimé: ces Jazz Giants 1956 avec Lester Young, Roy Eldridge, Vic Dickenson, Teddy Wilson, Freddy Green, Gene Ramey et Jo Jones...
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Une nouvelle chanson de Chaka Khan avec un message anti harcèlement: I Love Myself

Encore un de ces soulmen méconnus, Gene Allison, If I Ever Needed Your Love, aux alentours de 1964. Quinze ans plus tard, Junior Wells reprend la magnifique chanson I'll Take Care of You (avec Buddy Guy à la guitare)

Et Chronique d’un été, un film documentaire de Jean Rouch et Edgar Morin, 1h25 (1960)

mercredi 13 avril 2016

ELO#226 - Les français ne savent pas taper dans les mains...



13 avril 2016

Interview de Gregory Porter: "Le pire truc à faire dans le jazz est de taper dans les mains sur le premier et le troisième temps. Ca ruine le swing! Si vous tapez sur ces temps, vous savez ce que vous obtenez? Une chanson pour enfants! Si vous claquez des doigts, faites le toujours sur les deuxième et quatrième temps - c'est là que c'est censé être!"

En France, dans mon expérience, c'est pire, les gens tapent sur les premiers, deuxième, troisième ET quatrième temps, ce qui fait marche militaire!

Pour vous entraîner, une nouvelle chanson de Gregory Porter, Don't lose your steam, en version normale et acoustique:


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Nouvelle chanson de Michael Kiwanuka, Black Man In A White World, toujours en phase avec le mouvement Black Lives Matter:


Le meilleur témoignage sur le retour de Renaud, celui de Siné:
Mini Renaud
Siné, le 13 avril 2016
http://www.sinemensuel.com/mini-zone-de-sine/mini-renaud/

Quelques vieilles vidéos de Bobby Womack:

I Want to Take You Higher, Bobby Womack et Sly Stone, live à Hollywood 1982:

Bobby Womack, l'un de ses derniers GRANDS concerts, en 2000:

Bobby Womack, une heure et demi live à Glastonbury en 2013:


Deux versions de la chanson Scratch My Back. La première, par Marcell Strong, et la seconde par Clarence Carter. Alors, c'est laquelle votre préférée?

Un film très malin sur la Palestine d'aujourd'hui, à travers l'humour. Est-ce que c'est différent l'humour en temps de guerre? Blagues à part, de Vanessa Rousselot (2011), 1 heure:

mercredi 6 avril 2016

ELO#225 - Naomi Shelton

6 avril 2016

Naomi Shelton en concert à Creteil le mois dernier. Petite intro sans elle, mais avec Fred Thomas à la basse qui rejoue un morceau sur lequel c'est déjà lui qui tenait la basse en 1971, Pass the Peas

Ensuite une heure d'un chouette concert. Aujourd'hui en chaise roulante, mais avec toujours une belle voix, et bien aidée par ses choristes... (son concert commence à 1h15):

Plus soul, pour celles et ceux qui aiment Booker T. and the MGs, voici un album à eux d'une demi heure qu'ils n'ont jamais sorti, mais que le fan Patrick Montier a mis à disposition du monde entier:
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20 minutes avec Anthony Hamilton, sur une émission internet de la radio publique américaine:

Il y joue Amen, sa nouvelle ballade soul, avec un très beau clip amoureux:


Gato Barbieri est mort cette semaine à 83 ans. L'occasion de se repasser sa reprise du morceau de Santana, Europa (1976):


Quelques vieilles vidéos des Rolling Stones:

Around and Around, Rolling Stones, live in Hull 1964:

Satisfaction, Rolling Stones, live in London 1970:

Elle n'en a pas l'air comme ça, mais c'est une chanson de la guerre du Vietnam. S'il vous plaît, Oncle Sam, renvoyez mon homme vivant de la guerre, Please Uncle Sam, par un groupe "de filles", The Charmels en 1966...

Roger Waters
: la star des Pink Floyd dit pourquoi ses camarades musiciens ont si peur de s’exprimer ouvertement contre Israël
Paul Gallagher, The Independent, le 19 février 2016

Tout le monde en parle (Québec)
Roger Waters, Radio Canada, le 6 mars 2016

mercredi 30 mars 2016

ELO#224 - Reverend Al Green


30 mars 2016

Une heure et demi avec Al Green, dans un long documentaire sur lui en 1987: The Gospel According To Al Green, où on le voit à la fois dans son répertoire religieux et séculier, et où il explique sa transition.

Un peu bavard, mais la musique est excellente:

Encore trois gospels inspirés de morceaux de soul, I Found Him, inspiré de I Found a Love, I Tried, inspiré du magnifique Never Reach Perfection de Chris Kenner, et Take it to Jesus, inspiré du pont de Let's Get It On...

Encore aujourd'hui, les chansons comme celle du chanteur soul Eli Paperboy Reed, Hold Out, est très gospelisante:

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Changes, le dernier album de Charles Bradley en écoute ici. Avec une nouvelle vidéo, Change for the World:

Adaptation en italien en 2008 par Gianmaria Testa de Avec le Temps de Léo Ferré:

Pas son morceau le plus typique, mais l'une de ses dernières révérences en 2011, Gianmaria Testa nous salue bien:

Dan Penn était un musicien blanc dans le sud des Etats-Unis des années 1960. Il écrivait des chansons interprétées par les plus grandes stars de la soul. Ce n'est qu'aujourd'hui qu'on découvre que ses propres versions ne sont pas mal du tout, comme ce Just As I Am de 1965, la version de Solomon Burke ne sortant qu'en 1968...

Comment on induit l'impuissance:

mercredi 23 mars 2016

ELO#223 - Les Clash en reggae


23 mars 2016

Compile espagnole de 2013, The Clash Goes Jamaican:
https://thegoldensinglesrecords.bandcamp.com/album/the-clash-goes-jamaican

Quelques extraits avec:

Spanish Bombs de Red Soul Community:




Magnificent Dance par The Lions:



et Jodi a la Ley de Nano Trueno and the Dollars...
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Nana Vasconcelos, qui vient de mourir, était le dernier membre vivant du groupe de jazz Codona (avec Collin Walcott et Don Cherry). Voici leur Mumakata de 1979.

Une superbe version de Summertime par Willie Nelson, 82 ans:


Vive la radicalisation! Incroyable discours sur une radio publique française. On se croirait presque en démocratie! Même s'il ne défend pas leur cause qu'il qualifie de "féodale", Jean-Marc Rouillan comprend et défend les gamins de banlieue, décolonisés, exploités, méprisés, rejetés, opprimés, en état d'apartheid, politisés à leur façon et radicalisés, qu'il a connus en prison, et refuse de s'en désolidariser. Contre la volonté de remettre les gens "radicaux" sur le droit chemin, il prône plutôt la déradicalisation des traders! Jean-Marc Rouillan président à vie!

Jusqu'où pousser le concept de déradicalisation ?
Du Grain à Moudre, France Culture, le 10 février 2016
http://www.franceculture.fr/emissions/du-grain-moudre/jusquou-pousser-le-concept-de-deradicalisation-0#

Une pétition pour le soutenir, contre une vérité dictée par l'Etat et seule autorisée dans les médias:
https://www.change.org/p/ministre-de-la-justice-soutien-%C3%A0-jean-marc-rouillan

mercredi 16 mars 2016

ELO#222 - Janis Joplin sur FIP


16 mars 2016

A l'occasion d'un documentaire sur Janis Joplin que je n'ai pas encore eu l'occasion de voir, FIP lui consacre une émission de deux heures que vous pouvez écouter ici:

Frédérique Labussière, FIP, le 19 Janvier 2016

Par ailleurs, des heures de musiques avec Fip sur internet, ou avec Fip Autour du Groove...
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Gorgeous George Odell, le chanteur de soul, pas le catcheur, était surtout connu pour ses vêtements, son bagout et son carnet d'adresse, mais on a peut-être sous-estimé son talent, si on en juge par ces deux magnifiques ballades: The Biggest Fool in Town et It's Not a Hurting Thing...

Quelques concerts historiques (pas d'images, le son seulement):

Le son est pourri, mais une heure avec Professor Longhair avec les Meters, en Louisiane en 1973, avec tous ses tubes plus Mess Around, I Got a Woman, Cry to Me etc. ça vaut le détour...

La même année, une heure avec le guitariste de blues Otis Rush (connu pour Double Trouble ou I Can't Quit You Baby), ici dans un programme très funky avec Watermelon Man, Everything's gonna work out fine, Please please Please...

Une heure avec Bobby Blue Bland au sommet de son art, en 1975 à San Francisco.

Et encore une demi heure à la télé en 1977, là il y a l'image et il est rejoint par BB King au bout de 20 minutes:
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Ma vie d’Arabe de France expliquée aux Français de France
Halim Mahmoudi, Le Couac, le 4 février 2016
https://www.facebook.com/permalink.php?story_fbid=476628272461973&id=377830842341717

Halim Mahmoudi, je suis dessinateur de presse et je ne suis pas Charlie.
Contre-attaques, le 4 février 2016
http://contre-attaques.org/magazine/article/halim-mahmoudi

Quand la caravane reste de Stéphane Mercurio (2016), 1 heure, sur Arte:
http://www.arte.tv/guide/fr/054781-000-A/quand-la-caravane-reste/?vid=054781-000-A_SHOW_ARTEPLUS7_FR_fr

mercredi 9 mars 2016

ELO#221 - Flics Français Fascistes...

2 mars 2016

Etat d'Urgence, un rap de D' de Kabal, qui date de janvier 2016 et qui fait suite à l'histoire de 2014, avant la démission de Christiane Taubira, avant l'Etat d'Urgence, avant Charlie, qu'il raconte dans cette Lettre ouverte à Bernard Cazeneuve et Christiane Taubira:

De l'impuissance du citoyen
D’ de Kabal, Facebook, le 30 décembre 2014

Madame, monsieur,

Si je prends le temps de vous écrire aujourd’hui, c’est pour tenter de vous livrer un sentiment qui est non seulement le mien, mais également celui d’un certain nombre de citoyens de ce pays.

Je vous écris aujourd’hui parce que ce matin du 29/12/14, je n’ai pas réussi.

Je n’ai pas réussi à me dire que le ton employé par ce policier,

à 9h40 au métro Bobigny Pablo-Picasso, à l’encontre de cet homme qu’il contrôlait, était normal et approprié.

Je n’ai pas réussi à trouver cela normal dans le cadre du métier exercé par ces 3policiers (2 hommes et 1 femme).

Je n’ai pas réussi, mais je n’ai rien dit, je n’ai rien fait, je venais d’arriver, je ne connaissais pas la situation.

Je n’ai pas réussi à ne pas m’inquiéter de l’évolution de cette même situation quand la femme du groupe de policiers s’est adressée à un homme qui regardait la scène, comme s’il était un moins que rien, comme s’il n’était pas censé être là, ce jour, comme s’il ne devait pas regarder ce qui se déroulait sous nos yeux et qui, immanquablement attirait nos regards.

Je n’ai pas réussi, et l’homme non plus.

Quand, moins de 2 minutes plus tard, ce Monsieur se fait plaquer violemment contre le mur, je n’ai pas réussi à comprendre.

Je n’ai pas réussi à trouver cela normal dans le cadre inscrit par la loi.

Cette loi que nous devons tous respecter, tous.

Je n’ai pas réussi, d’autant que là, j’avais assisté au début de la scène.

Je n’ai pas réussi à trouver cela compréhensible que cet homme qui était là, comme tant d’autres, à 9h45 du matin, soit violemment plaqué contre un mur parce qu’il assiste, impuissant, à une scène de contrôle.

Je n’ai pas réussi à croire que cet homme entravait les forces de l’ordre dans l’exercice de leur fonction.

Je n’ai pas réussi à faire comme si cet étalage de violence était normal et acceptable, non, je n’ai pas réussi.

Alors que faire ?

Tourner les talons ? Reprendre sa route ? Ignorer ce qui se passe sous nos yeux ? Que faire ?

Je n’ai pas réussi à me dire que ma vigilance quotidienne ne concernait pas aussi les forces de l’ordre, je n’ai pas réussi à me dire qu’ils étaient des êtres humains infaillibles, et qu’il ne fallait pas être vigilant aussi à leur endroit.

J’ai essayé d’ignorer ce triste spectacle.

J’ai essayé, durant une poignée de secondes…

Et je n’ai pas réussi non plus.

Je n’ai pas réussi à ne pas m’adresser à cette femme policière, qui était un peu écartée de la scène, et de lui dire, le plus calmement du monde que je trouvais tout cela un peu excessif.

Les êtres humains, quand ils sont mis face à face, dans certaines situations, se retrouvent confrontés à leurs propres limites.

La policière, détentrice de la force et de l’ordre, elle n’a pas réussi.

Elle n’a pas réussi à me répondre comme si j’étais un être humain, doté de yeux pour voir, et d’une conscience, et d’une certaine idée de la dignité.

Elle n’a pas réussi à ne pas me considérer comme quelque chose que je ne pourrais décrire ; une espèce de masse informe sans contour ni volonté propre, sans réflexion, sans âme peut-être.

Violence verbale … encore.

Ensuite, tout est allé très vite, je n’ai pas réussi à leur dire que je les filmais par mesure de précaution, parce que j’ai eu peur, très peur même, que les choses dégénèrent pour le monsieur plaqué au mur, je n’ai pas réussi à leur dire non plus que ma mémoire téléphonique était pleine et que je n’avais quasiment rien pu prendre.

Je n’ai pas réussi à comprendre, quand le policier, celui qui plaque les hommes contre le mur, m’a demandé de présenter mes papiers en refusant de m’indiquer le motif, alors que je le lui demandais.

Je n’ai pas réussi à comprendre pourquoi j’ai été poussé à distance de mon sac, resté au sol, je n’ai pas réussi à me faire comprendre quand, après avoir enfin entendu le motif du contrôle d’identité à mon encontre,

j’ai dit que je voulais accéder à mon sac, afin de me prêter à ce contrôle.

Je n’ai pas réussi à être clair…

Je n’ai pas réussi à trouver ça normal que ce policier m’attrape violemment à lagorge …

Escalade dans la violence.

Je n’ai pas réussi à trouver normal de ne pas pouvoir respirer, tandis qu’un autre policier tentait de me faire une clé de bras.

Ceux qui n’ont jamais connu de confrontation physique ardue, ont surement du mal à imaginer comment cela peut être violent d’avoir un homme armé, à votre gauche, qui essaye de vous tordre le bras, tandis qu’un autre, face à vous et armé également, vous saisit à la gorge.

Là, je ne vais pas réussir…

Je ne vais pas réussir à vous décrire la violence d’une telle scène.

Je n’ai pas réussi à me dire que tout ceci n’était pas disproportionné,

Je n’ai pas réussi à garder mon calme, puisqu’on voulait me nuire physiquement, en m’empêchant de respirer, en effectuant une torsion sur mon bras, je n’ai donc pas réussi à me laisser faire.

Je n’ai pas réussi à penser que j’étais en droit de répliquer par la violence, je n’ai pas réussi à faire autre chose que de me dégager de cette pression intolérable, j’ai écarté les bras de mes assaillants, je me suis dégagé de leur étreinte douloureuse.

Je n’ai pas réussi à être violent à l’égard de ces policiers.

Je n’ai pas réussi à perdre mon sang froid, Dieu merci.

Ensuite ?

Ensuite, j’ai été très mauvais et je m’en veux : Je n’ai pas réussi à esquiver le jet puissant de gaz lacrymogène qui s’est présenté à 15 cm de mon visage.

Je n’ai pas réussi à essuyer mon visage avec mon t.shirt puisque j’étais menotté la seconde qui a suivi, je n’ai pas réussi à empêcher les larmes brûlantes de couler sur mon visage, puisque la seconde d’après j’étais fauché par l’arrière, tombant de tout mon poids sur le dos.

Je n’ai pas réussi à savoir si j’avais été projeté au sol avant le passage des menottes ou après, j’avoue qu’à ce moment là, tout était confus et flou.

Je n’ai pas réussi à déterminer lequel des deux ingrédients, le gaz lacrymogène ou la colère, brûle le plus le visage.

Je suis sorti après 7 heures de garde à vue.

Si j’ai pris le temps de vous écrire c’est parce que ce soir, je ne réussis pas à me dire que j’ai mal agi et que les policiers étaient dans leur bon droit. Je ne réussis pas à me dire que demain, je reprendrai le métro, et que si je vois une scène similaire, je devrai passer mon chemin, et faire comme si une telle violence venant des forces de l’ordre est justifiable.

Je ne réussirai pas.

J’ai été rappelé à l’ordre, j’ai été mis en garde à vue.

Je ne sais pas si l’histoire va en rester là, je vous écris pour vous dire que ce n’est pas mon sort, qui aujourd’hui, me préoccupe.

Je vous écris parce que j’aimerais savoir qui va se charger de rappeler à l’ordre ces policiers qui considèrent les citoyens de ce pays comme des moins que rien, comme des gens qui peuvent être molestés et humiliés en public ? Qui va se charger de dire à ces policiers-là que la vigilance de citoyens envers d’autres citoyens est à encourager et non l’inverse ?

Quel message est envoyé aux habitants de ce pays quand, en se rendant sur leur lieu de travail, ils sont témoins d’histoires comme celles-c?
La démarche de criminalisation de la vigilance citoyenne me laisse perplexe, et je ne suis pas le seul.

Chaque citoyen serait un criminel potentiel ? C’est une mauvaise piste je pense.

Par contre, chaque policier devrait répondre de ses actes de violence à l’encontre des citoyens et nous sommes très nombreux de cet avis.

Si vous prenez connaissance de ce courrier, c’est qu’il aura énormément circulé, ce qui, je pense, saura vous alerter sur l’urgence de traiter la façon dont la Police Nationale cohabite avec les habitants de ce pays.

Vous comprendrez que nous n’attendons pas une réponse sur les institutions déjà existantes, mais une prise de position de votre part, M. Cazeneuve, Mme Taubira, officielle, ferme et intransigeante sur ces questions primordiales.

Alors à Suivre ?

Merci de m’avoir lu.

Merci de nous avoir lus.

D’ de Kabal
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Shadeyna al-heil (Renforcer notre Résistance) des Gaza Revolution Makers (les frères Osama et Mohammed Elsusi, avec Ahmad Murad, de Gaza). OK, musicalement c'est pas génial, mais ça doit pas être facile d'accéder à de bons instruments à Gaza...

Lalah Hathaway chante une chanson de son père, Little Ghetto Boy, dans une version très politique, avec Snoop Dogg et Robert Glasper:


Siné attaque BHL en justice:
http://www.sinemensuel.com/je-soutiens-sine/

Siné et Berroyer, pas en forme mais toujours coriaces:
http://www.sinemensuel.com/mini-zone-de-sine/la-rate-au-court-bouillon/
http://www.sinemensuel.com/mini-zone-de-sine/retour-dans-lambiance-mortifere-de-lhosto/

Face à la radicalisation et aux jeunes qui se font influencer au point de se laisser pousser la barbe, une méthode efficace est proposée ici: The Hipstervention


Coluche règle ses comptes face à la police en 1980: