mardi 31 mai 2011

ELO#57 - Deuil Entre Les Oreilles


Mercredi 1 juin 2011

Mort de Gil Scott-Heron à 62 ans, mon dernier héros vivant.

Comme pour beaucoup, sa décennie la plus créative musicalement est celle des années 1970 où il n'y a pas grand chose à jeter: ça commence avec le protorap The Revolution Will Not be Televised, son premier hymne politique (analysé ici) qui le place sur la scène publique, même si, musicalement, ce n'est pas le plus représentatif de l'ensemble de sa carrière (1970).

Dans son disque Pieces of a Man en 1971, on trouve au moins trois chefs d'oeuvre: Home is Where the Hatred Is, sur la drogue, ainsi que deux magnifiques chansons sur la déprime que sont Lady Day and John Coltrane et I Think I'll Call it Morning. Home is Where the Hatred Is a également été repris par Esther Phillips dès 1972, et samplé par les rappeurs Kanye West et Common sur My Way Home en 2005. En 2010, Common rejoindra Gil sur scène à New-York pour tenter un duo entre le parrain et le filleul...

Son plus grand succès commercial, qui se danse même dans les fêtes, traite de l'alcoolisme: The Bottle (1974). La même année, en pleine débacle de Nixon, il écrit l'un des plus beaux textes anti américains: Winter in America (voir le texte et la traduction dans cette ancienne chronique). Ce pays qu'il hait et qu'il aime à la fois, puisqu'il préfère y retourner en 2001, sachant que la prison l'y attend, plutôt que de rester en Europe où le succès de sa tournée lui montre pourtant l'étendue de son fan club de ce côté ci de l'Atlantique...

Mais il traite également de politique extérieure et s'exprime publiquement contre l'apartheid en Afrique du Sud dans Johannesburg (1976) ("je déteste quand le sang commence à couler, mais je suis content quand la résistance grandit"), puis dans l'album collectif Sun City (1985), avec Steve Van Zandt, Bruce Springsteen, Bob Dylan, Miles Davis, Lou Reed, Peter Gabriel... Dans la chanson Let Me See Your ID, il raconte: "La première fois que j'ai entendu parler de problèmes au Moyen-Orient, je croyais qu'ils parlaient de Pittsburgh" (Pittsburgh est au centre-est des USA...). Mais il a fini par se renseigner sur la situation en Palestine et annuler son concert prévu en israel en 2010, en déclarant: "Je viendrai quand tout le monde pourra venir". Il n'ira donc jamais...

Dans We Almost Lost Detroit (1977), il explique comment l'accident de la première centrale nucléaire américaine (à Monroe, Michigan, en 1966) avait failli coûter la vie à la ville de Detroit. Visionnaire, il avait également chanté cette chanson lors du concert No Nukes au Madison Square Garden en 1979, après l'accident de Three Mile Island (à Middletown, Pennsylvanie, cette même année), avec Bruce Springsteen, Crosby, Stills and Nash, James Taylor, Jackson Brown... Il avait certainement en tête d'écrire la suite, We Almost Lost Fukushima. En voici encore une version, en 2010, tout seul au piano. Une vie bien chargée en alcool, drogue, HIV, prison, déprime... Il a 61 ans, il en paraît le double, et encore, il est plutôt bien sur cette vidéo...

Toute sa vie, il continue à évoquer la drogue dans ses chansons, un fléau qui a en grande partie ruiné sa vie, y compris dans Angel Dust, en 1978, l'un de ses derniers grands succès populaires. La drogue plane aussi au dessus de son dernier disque, I'm New Here, enregistré en 2010 à sa sortie de prison (Rikers Island, tiens, et lui aussi est né en 1949...). Dans ce disque, toutefois, ma chanson préférée est une chanson d'amour, I'll Take Care of You, une reprise de Brook Benton, écrite pour Bobby Blue Bland, reprise par Elvis Costello, puis par Gil qui a toujours sa belle voix, grave et envoûtante, puis remixée, et enfin interprétée en concert lors de sa dernière, dernière tournée en 2010. Une chanson d'amour, et de souffrance quand même ("I know you've been hurt by someone else..."). Et c'est la souffrance qui a vaincu... Dommage.

Dror
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Je lui avais consacré une chronique à l'époque de Siné Hebdo.

Hommage du New Morning: L'annonce de son décès n'aura pas été télévisée.

New Morning, Paris, 2001: Long extrait, qui commence tout seul au Fender Rhodes avec Your Daddy Loves You (une très belle chanson d'un père divorcé à sa fille...), puis Winter in America, 95 South, Johannesburg, There's a War Going On et Alien...

New Morning, Paris, 2010: Blue Collar

Hommage du génial Rémy Kolpa Kopoul: Gil Scott Heron des seventies... Gil a raconté lui même cette histoire dans Racetrack in France, mais RKK ne l'a appris que grâce au commentaire d'un de ses lecteurs. Ce n'est pas très grave, mais dans son émission sur Radio Nova, il fait croire qu'il le savait depuis le début! Et trois heures très riches sur Nova Express: première, deuxième et troisième heure...

Autres hommages radiophoniques: de Chris Cowles (première et deuxième heure), de Gilles Peterson (une heure et demi), de Benji B (en fait surtout la deuxième heure), de Paris DJ (35 minutes assez classiques), et de Joe Farmer sur RFI, 26 minutes téléchargeables en compagnie de Sebastian Danchin, Jean-Jacques Milteau et Michael Robinson...

Hommage de Sandra Nkaké, Ji Dru, Jean-Phi Dary, Yvinec, Blundetto, Matthieu Ouaki, Thomas Naïm, Antoine Berjeaut, DJ Boulaone, Blackjoy, Loik Dury, Jeff Sharel, DJ Oil, Mark de Clive Lowe, Grant Phabao, Vadim Vernay, Doctor L, Eric Legnini, Karl the Voice, Allonymous, Push Up... avec le morceau A Place for You et plusieurs remixes...

Un concert en entier de près de deux heures, avec un Gil très bavard et toujours aussi drôle, en 1977 au Bottom Line, à New-York, à télécharger sur Aquarium Drunkard ou, plus pratique en un seul dossier compressé.

Une super vidéo d'une heure, en anglais, sur Gil Scott-Heron, avec sa verve et son humour dévastateurs. Quelques exemples avec deux extraits plus courts d'un concert de 1982, dont un est sous-titré en Français, et un de 2010.

Enfin, un bon article dans Vibrations.

De bons articles en Anglais: sur le site de 33 revolutions per minute, sur celui de pitchfork, deux sur celui du Guardian (un et deux), et deux sur celui du New-Yorker (un et deux)...

Pour ceux qui sont intéressés, la cérémonie de son enterrement est en streaming. On y entend un solo d'harmonica de Glen Astro Turner, un long hommage plein d'anecdotes sympas de Brenda Sykes, son ex femme (actrice Blaxploitation), un poème et une chanson (The Rose) de leur fille Gia (actrice aussi, poétesse et chanteuse), mais aussi deux morceaux de membres de son groupe (Glen Astro Turner, Vernon James et Bilal Sunni Ali), Better Days Ahead et The Bottle. Enfin, le rappeur Kanye West arrive pour chanter sa chanson Lost in the World, enchainé avec Who Will Survive in America, où l'on entend la voix samplée de GSH, du morceau Comment #1, de son premier disque en 1970...
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Ca y est, Siné annonce officiellement la sortie de Siné Mensuel en septembre prochain... (non, je ne ferai pas partie de cette aventure...).

Chouette interview sinon: "Non, je ne me résignerai jamais!"
Entretien réalisé par Guillaume Chérel
Humanité - Médias - le 30 Mai 2011
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A propos de DSK, j'ai mis à jour ma chronique de la semaine dernière, avec quelques articles sérieux, et quelques blagues en plus...
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Et encore deux mp3 que seuls les lecteurs des commentaires connaissaient:
1) Idir et Geoffrey Oryema: Exil (Dayrib)
2) Khaled et IAM: Oran-Marseille

7 commentaires:

oreille a dit…

Cher Dror,
juste un coucou d'un ex"président drorien"qui prends tjrs son pieds chaque semaine a te lire.
L'emotion que tu cherches a nous faire partager est tjrs aussi palpable.
J'aurais aimé avoir un peu de ton courage mais la lacheté des hommes n'est plus a démontré....
longue vie a toi.....

Wroblewski a dit…

Merci ! Y a de quoi s'occuper cet été pendant les vacances ! Merci pour les mp3 itou.

Encore un juste qui part.

Un autre hommage avec les paroles commentées de The revolution will not be televised ici.

Entre les Oreilles a dit…

Merci à mes deux fidèles lecteurs!

Et merci aussi pour le lien vers l'article (et la traduction) d'Acrimed, que j'ai incorporé dans mon article...

Et bonnes écoutes...

Dror

Entre les Oreilles a dit…

Je viens de regarder les statistiques, chaque chronique finit quand quand même par être lue par 300 personnes, dont une quarantaine qui se "jettent" dessus dès la première semaine de sa mise en ligne et à peu près autant qui téléchargent les mp3.

C'est à peu près dix fois moins que du temps de Siné Hebdo, et ce n'est pas énorme, mais c'est quand même pas si mal!

Dror

Wroblewski a dit…

Pourquoi tu ne participeras pas à Siné mensuel ? Fais-tu des chroniques dans un autre journal actuellement ?

Content qu'il y ai quand même 40 à 300 veinards qui profitent de tes bons plans.

Entre les Oreilles a dit…

En plus des 5 mp3 de Gil que j'ai mis en ligne cette semaine, je viens de mettre le concert entier de 1977 au Bottom Line, à New-York, en un seul dossier compressé sur:
http://www.megaupload.com/?d=T3NMCQ3Z

Je n'écris plus dans un journal, sauf quand l'inspiration me vient, occasionnellement, comme par exemple pour Le Courrier de Genève, Afriques 21, et peut-être pour Siné Mensuel si j'y trouve ma place, mais ce ne sera certainement pas régulièrement...

Siné ne sera plus l'âme principale du mensuel, et ce n'est donc pas son esprit musical, dans lequel je me retrouve assez bien, qui planera sur le journal. Je ne suis d'ailleurs même pas sûr que ce journal donnera une place à la musique aussi importante qu'au cinéma et à la littérature, ce qui est finalement assez courant (cf. Charlie Hebdo par exemple, mais aussi La Mèche), bien que je ne comprenne pas très bien pourquoi... Mais je peux aussi me tromper, d'autant que rien n'est encore décidé de façon ferme et définitive...

Dror

Entre les Oreilles a dit…

J'ai ajouté encore quelques liens vers des fichiers "hommages" radiophoniques téléchargeables ou écoutables en streaming. Attention les streams de la BBC ne sont disponibles que quelques jours...

Dror