

29 juillet 2009
En concert:
1er août Gignac: le MAP
2 août Sumène: le MAP
3 août Cabaret Sauvage (Paris): George Clinton
5-9 août Paris (gratuit): Sandra Nkaké dans le cadre de Paris quartier d'été
http://www.quartierdete.com/fiche.php?id=762
5-8 août Saint Florent (Corse): Festival Porto Latino avec Femi Kuti, Amadou et Mariam, Tryo...
http://www.porto-latino.com
7-8 août St Nazaire (Loire Atlantique): Festival Les Escales avec Cesaria Evora, Ray Léma, Sergent Garcia, Marianne Faithfull, Melingo, Winston Mc Anuff, Titi Robin...
http://www.les-escales.com
15 août Aubusson: le MAP
16 août Bruxelles: le MAP
19 août Batofar (Paris): le MAP
20 août Brest: le MAP
Le Ministère des Affaires Populaires (MAP):
http://www.map-site.fr/
Une chanson:Issue du deuxième disque, « Les Bronzés Font du Ch’ti » (2009), A L’Abordage est bourrée d’appels à la résistance et d’allusions anarchistes...
Deux clips:
Elle est belle la France :
http://www.youtube.com/watch?v=DjFfSySOgFA
Lillo (en live) :
http://www.youtube.com/watch?v=F6ZAY1NKlpM
Inteview du MAP par Pierre Tévanian:
http://www.mouvements.info/spip.php?article388
Version plus longue de l'interview de Saïd:
«Les discours paternalistes et islamophobes de l'extrême gauche peuvent être repoussants»
INTERVIEW - Rappeur du groupe Ministère des Affaires Populaire, Saïd témoigne du débat politique qui anime les banlieues des grandes villes françaises et européennes.
PROPOS RECUEILLIS PAR DROR
LE COURRIER DE GENEVE
Paru le Mardi 25 Août 2009
http://www.lecourrier.ch/index.php?name=NewsPaper&file=article&sid=443277

Suite de l’interview de Saïd pour Siné Hebdo :
Siné Hebdo: Vous vous intéressez beaucoup à la Palestine, qui est le titre d'une de vos chansons. Depuis quand est-ce que ça vous intéresse?
Saïd: Nos parents nous ont parlé des Palestiniens. Ils ont connu la colonisation et l’occupation de l’armée française en Algérie. Ils vivaient dans un département français, mais ils n’avaient pas les mêmes droits, ils avaient un statut d’Indigènes, ils ont été martyrisés, clochardisés, spoliés, humiliés... Cette horreur de la colonisation, nos parents la connaissent, la trouvent inadmissible, injuste, révoltante et, évidemment, ils ne la souhaitent à personne. Sachant que les Palestiniens vivent ce qu’ils ont vécu, ils trouvent ça horrible et se sentent solidaires. Nous sommes solidaires avec tous les gens qui souffrent, pas seulement les Palestiniens.
Et puis, pour le deuxième disque, on est rentrés en studio 15 jours après notre retour de tournée en Palestine. On a été bouleversés par ce qu’on a pu voir et entendre. On a été choqués par la violence de la colonisation, le Mur, les check-points... Mais on a aussi découvert comment s’organise la résistance, culturellement. Parce que c’est la résistance d’un peuple qui lutte pour exister, pour préserver et transmettre sa culture, pas seulement en se battant, mais en vivant, en étant palestiniens. C’est sûr que ça nous a imprégné et que ça nous a inspiré... Et puis il y a un contrat de conscience avec les Palestiniens: quand tu vas en Palestine, ils te demandent de ne pas les oublier et de raconter au monde ce que tu as vu. On tient notre promesse.
Siné Hebdo: Quel est le lien particulier, selon vous, entre la Palestine et la France?
Saïd: Rappelons qu’en France, on fête le 8 mai 1945 la fin de l’occupation nazie et que, le même jour, la France massacrait des milliers d’Algériens à Sétif et Guelma. La France a tellement les mains sales par rapport au colonialisme, la Françafrique etc., qu’aujourd’hui on se doit d’avoir un regard critique sur ce pays qui ne devrait plus avoir de colonies et qui, pourtant, soutient d’autres colonies. Israel est une colonie, une occupation militaire. Il faut s’informer auprès de Génération Palestine, l’AFPS, le CAP (à Bordeaux), les Indigènes de la République... Il faut aussi délégitimer Israël qui bafoue le droit international et se place au-dessus des lois. Il faut dénoncer l’occupation illégale de Jérusalem et les armes de guerre illégales. Il faut défendre le droit au retour des réfugiés palestiniens et poursuivre les responsables israéliens.
Quand je suis allé en Palestine, j’ai interviewé à Gaza un jeune rappeur gazaoui qui m’a parlé des caricatures. Il m’a dit: «on est comme des animaux ici et vous, en France, vous caricaturez ce qui nous reste pour survivre, c’est à dire la foi, nos croyances, notre prophète, notre dieu... Vous vous battez pour avoir la liberté de faire des caricatures. Alors soyez cohérents jusqu’au bout: si vous vous battez pour votre liberté, battez vous aussi pour la nôtre». Il a tout dit. Pour moi, fondamentalement, ça ne me dérange pas l’histoire des caricatures, c’est le contexte qui me dérange et aussi les gens qui le font. Vu les propos islamophobes de Caroline Fourest, du coup, je trouve ça douteux, archi douteux... Quand tu vois tous les politiciens qui ont soutenu Charlie Hebdo par rapport à la liberté d’expression et qu’il y a zéro mobilisation pour Salah Hamouri, le jeune franco-palestinien emprisonné en israel, on sent le double discours, l’hypocrisie...
Siné Hebdo: Est-ce que vous vous intéressez aussi à d'autres pays que la Palestine?
Saïd: Bien sûr! On est impliqués contre la Françafrique, avec l'association Survie pour qui on a fait des concerts. Dans les quartiers, on a des potes Congolais ou Zaïrois, alors on est sensibilisés. On est avec les sans-papiers de partout: des Kurdes, des Thaïlandais, des Afghans, des Tchétchènes... Par contre, on a oublié de soutenir Ingrid Bétancourt!
Siné Hebdo: Dans vos textes, vous utilisez des mots comme «révolution» (Un air de révolution) ou «camarade» (Appelle moi camarade, avec Keny Arkana). Mais qu'est-ce que ça veut dire pour vous la révolution?
Saïd: La révolution pour nous c’est le changement, l’évolution des mentalités. Est-ce qu’on va rester comme des moutons ou est-ce qu’on va avoir un vrai regard lucide et critique sur la société, changer notre manière d’être et de vivre, avoir une vie plus saine et plus altruiste? Le problème c’est qu’on est tous passés par l'école, la «fabrique à dominants», qui définit comme objectif dans la vie d’être le meilleur, de gagner de l’argent et d’avoir une situation. Est-ce que c’est envisageable de réfléchir différemment?
La révolution pour nous c’est aussi un rêve. Le monde dans lequel on vit ne nous plaît pas. On sent qu'il n’est pas viable, avec 80% de la planète qui crève de faim et 20% qui vit dans l’excès. Il atteint ses limites et il est à deux doigts d’exploser. Il rend inhumain. Le plus frappant, en France, c’est le traitement des sans-papiers: «retournez chez vous, on ne va pas partager avec vous ce qu’on a ici, on a peur de ne pas en avoir assez, alors dégagez». C’est abject. En plus, ces gens-là viennent des mêmes pays que nos grands parents, alors comment peut-on accepter ce genre de choses? Je souhaite que la révolution ait lieu à tous les niveaux. C’est sûr que le mot a été ringardisé, mais je pense que la conscience de classe revient et je suis content de participer à ce changement... comme vous à Siné Hebdo, non?
Siné Hebdo: Est-ce que vous êtes représentatifs des "quartiers", malgré votre succès?
Saïd: Attention, on ne parle au nom de personne, on n'est ni des porte drapeaux ni des porte parole. On témoigne, on chronique, on dénonce. Notre expression est une expression populaire parce qu'on est des gens du peuple, on habite toujours au même endroit. On a refusé de signer sur une Major et d'aller chez Druker, même si ça aurait pu rendre notre situation professionnelle moins précaire. On a refusé de jouer les règles du jeu, de lisser nos textes ou de changer de camp. On ne veut pas passer de l'autre côté de la barrière. Les barrières, on veut les exploser.
Siné Hebdo: Vous tapez sur la droite, mais aussi sur BHL, le PS et même sur Charlie Hebdo ou «l’extrême gauche pathétique comme leur fête de l’Humanité» (dans Faudra faire avec). Avec qui vous voulez faire la révolution?
Saïd: Le changement, il viendra d’en bas. Les gens qui m’impressionnent sont les associations dans les quartiers qui font un travail de terrain incroyable. J’ai beaucoup de respect pour le Mouvement de l'Immigration et des Banlieues, le Forum Social des Quartiers Populaires, les Indigènes de la République, les associations qui dénoncent les violences policières, les discriminations etc. Eux sont en phase avec le terrain, ils sont dans l’éducation populaire, dans l’éveil des consciences politiques, la formation, la mobilisation, pas dans le baratin institutionnel.
Siné Hebdo: Vous utilisez parfois des références anarchistes (dans A l'abordage). Est-ce que vous vous sentez proches ce courant?
Saïd: Oui, je suis séduit par l’idéologie et l’esthétique punk, la marginalité, la révolte contre les valeurs établies, la résistance contre la culture dominante, le refus de cette société, de ses dérives... Le «No Future», ce nihilisme politique, ça me plaît énormément. Si en plus ça s’inscrivait dans une démarche de solidarité collective, ça serait l’idéal!
Siné Hebdo: Est-ce que vous votez?
Saïd: Dans le passé j'ai voté, mais je ne vote plus. J'ai compris que la démocratie est une arnaque, une supercherie. Je ne suis pas contre le vote, mais il est biaisé par la connivence entre les politiques et les médias. Je ne vote pas, mais ce n'est pas par indifférence, c'est un véritable boycott qui n'a de sens que parce que je le dis. J'ai la chance de pouvoir m'exprimer par le rap et c'est mieux que de voter. Si je ne prenais pas la parole de cette façon alors peut-être que j'irais voter. On rencontre beaucoup de gens dans les concerts qui se sentent loin de la vie politique parce que les hommes politiques font partie de la classe dominante, aisée, bourgeoise. Cela dit, dans le groupe, comme dans les quartiers, il y en a qui votent et il y en a qui ne votent pas... Le problème n'est d'ailleurs pas tant qu'il faudrait qu'on vote mais plutôt qu'il faudrait qu'on s'organise politiquement, qu'on aille au-delà du simple rejet.
Siné Hebdo: Vous rendez hommage au courage de ceux qui ont fait le voyage, les souffrances qu’ils ont du affronter, mais vous célébrez aussi leur culture, leurs chansons (dans Chouffou ma sar, de El Hachemi Guerrouabi). Qu’est-ce que ça représente pour vous?
Saïd: On est des enfants de l’école de la République, qui est censée former ses citoyens, les éduquer, les cultiver. Mais elle a oublié une partie de notre culture et, plus que ça, elle l’a niée. Pour être sincère, je me suis senti insulté par l’école de la République. On m’a dit «la culture de tes parents, ce n’est pas la nôtre, elle n’est pas assez intéressante». Si l’école de la République ne t’aide pas à te cultiver, tu es obligé d’aller chercher toi-même. Donc on a cherché. C’est un acte de résistance culturelle, contre le ministère de l’identité nationale. Parce qu’on nous a dit que s’intégrer c’était chanter la Marseillaise, bouffer du cassoulet et, aujourd’hui, avoir une Rolex! Mais les richesses de ce pays, c’est aussi l’histoire des gens de ce pays. Donc on va chercher dans notre patrimoine culturel, et il est très large: il va du nord de la France jusqu’au sud de l’Algérie!